Pourquoi certaines victimes protègent leur agresseur ?

Dans certaines situations de violence ou d’abus,
un phénomène déroutant peut se produire :
la victime peut, pendant longtemps, protéger la personne qui lui a fait du mal.

Pour les personnes extérieures, cette attitude paraît souvent incompréhensible, voire choquante.


Pourtant, elle est fréquente dans les contextes traumatiques.

Il ne s’agit ni d’une faiblesse, ni d’un choix conscient,
mais le plus souvent d’un mécanisme de survie profondément ancré.

Le besoin de préserver un lien vital

Lorsqu’un enfant est victime de violence ou d’abus,
l’agresseur est très souvent une personne dont il dépend pour survivre :
un parent, un membre de la famille, une personne de confiance.

Reconnaître pleinement que cette personne est dangereuse
peut être psychologiquement insoutenable.

Cela menacerait le sentiment de sécurité dont l’enfant a besoin pour grandir.

Le psychisme peut alors mettre en place une protection :
préserver le lien avec l’adulte, même si celui-ci est violent.

La peur des conséquences

Parler ou dénoncer peut sembler risqué ou impossible,
car cela risque d’entraîner :

• la peur de ne pas être cru
• la peur de détruire la famille
• la peur des représailles
• la peur d’être rejeté ou abandonné

Pour éviter ces menaces supplémentaires,
la victime peut inconsciemment choisir le silence
ou la protection de l’agresseur.

La culpabilité et la manipulation

Dans de nombreuses situations, l’agresseur manipule la victime
en lui faisant croire qu’elle est responsable :
qu’elle a provoqué, mal compris, ou qu’elle est elle-même fautive.

Cette culpabilité installée peut pousser la victime
à défendre ou à excuser l’agresseur,
afin de préserver un semblant de cohérence intérieure.

 

Le rôle du déni, de la dissociation et de l’emprise

Face à l’insupportable, le cerveau peut activer des mécanismes de protection tels que le déni, la minimisation ou la dissociation.

Ces mécanismes permettent de continuer à vivre malgré la douleur.

Parfois s’ajoute une emprise psychologique :
alternance entre violence et moments d’affection, manipulation, peur…

Ce lien traumatique rend la séparation encore plus difficile.

 

Comprendre pour se libérer de la culpabilité

Comprendre ces mécanismes est essentiel.

Le fait d’avoir protégé son agresseur
ne signifie pas que la victime a accepté la violence,
ni qu’elle en est responsable.

Il s’agissait souvent d’une stratégie de survie
face à une réalité trop écrasante pour être affrontée à ce moment-là.

 

Reconnaître ces mécanismes avec douceur
permet à certaines personnes de mieux comprendre leur histoire,
de déposer la culpabilité qui ne leur appartient pas,
et d’avancer sur leur chemin de reconstruction
avec plus de compassion envers elles-mêmes.

 

Nicole Pierret
Spécialiste en psychotraumatologie
Créatrice de programmes digitaux d’alchimie intérieure