Autour de la ferme
La vieille ferme est restée là, à l’écart du village. Autrefois, tout autour il y avait des champs cultivés. Peu à peu, les terres sont devenues des terrains à bâtir. Les cultures ont disparu, les maisons ont poussé. Le paysage a changé.
Mais autour de la ferme, la nature a gardé quelque chose d’ancien.
Il n’y a ni palissades ni grillages. Seulement les prés, les arbres et le petit ruisseau qui serpente au fond du terrain. Dans l’eau claire vivent encore les gammares, ces petites crevettes d’eau douce, et les larves de trichoptères que les pêcheurs appellent les porte-bois. Il y a longtemps, quand le ruisseau était plus large, on y voyait même des truitelles.
Au printemps, les sous-bois se couvrent d’anémones blanches. Les papillons réapparaissent : les citrons, puis les paons du jour, qui semblent saluer le retour de la lumière.
Puis vient l’été.
Les libellules patrouillent au-dessus de l’eau, bleues, turquoise ou sombres comme des éclats métalliques. Dans les arbres qui surplombent le ruisseau, les chardonnerets nichent chaque année. Ils aiment se poser sur les longues tiges de bambou pour faire de la balançoire.
À la lisière du bois, un renard que j’ai baptisé Balthazar vient chercher les restes que je lui laisse. Parfois, s’il trouve que je tarde trop, il passe devant moi à quelques mètres, comme pour me rappeler que l’heure est venue.
Certaines années, des fouines s’installent dans la grange. Au petit matin, on les entend courir et jouer. Leurs petits cris ressemblent presque à des rires d'enfants sous la charpente.
Le soir venu, les hirondelles dessinent leurs derniers cercles dans le ciel. Les chauves-souris prennent le relais. Les grillons commencent leur chant infatigable.
Je m’assieds alors sur la terrasse, lorsque l’éclairage public s’éteint. Les étoiles apparaissent peu à peu, une à une.
Et lorsque la nuit est bien installée, la Voie lactée traverse le ciel comme une poussière de lumière accompagnée du chant du hibou.
Dans ces moments-là, la vieille ferme semble appartenir à un autre temps.
Un temps où la nature respire encore librement.
C’est dans ce silence-là que naît l’esprit de l’atelier.
Nicole